Le blog de la librairie Caractères

vendredi 19 janvier 2007

Déneiger le ciel

André BUCHER (Sabine Wespieser)

Déneiger le cielDavid, la soixantaine, vit dans une ferme isolée, sur les hauteurs. Cette année, il déroge à la tradition de déneiger la commune et va très vite le regretter : une impressionnante vague de froid et de neige s'abat sur la région, coupant tout moyen de communication. Comble de la poisse, le tracteur de David est en panne. Pour porter secours à son ami Pierre et au jeune Antoine qu'il aime comme un fils, David décide de partir à pied...
Un 23 décembre qui ressemblera à une quête hallucinée, peuplée de figures fantômatiques qui ont marqué sa vie : son épouse tuée par un chauffard, sa fille qui vient de divorcer, Martine la jeune femme disparue mystérieusement et Muriel, avec qui il a tant de mal à tisser un lien amoureux.

André Bucher décrit cette longue marche, et le voyage intérieur qui en découle, tout en finesse et en poésie. "Marcher seul la nuit, la vie devant soi, fait que chaque pas ressemble à un mot qu'on prononce. Comme se rendre sur le pas de porte d'une nouvelle histoire, attendre que quelqu'un vous reconnaisse, vous prie d'entrer."

jeudi 18 janvier 2007

Extrêmement fort et incroyablement près

Jonathan Safran FOER (L'Olivier)

Extrêmement fort et incroyablement prèsOskar Schell est inventeur, entomologiste, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Il a neuf ans. C'est un garçon à l'intelligence vive et à la curiosité insatiable.
Il trouve par hasard une clé et une enveloppe avec l'inscription Black dans le dressing de son père, mort un an plus tôt dans les attentats du 11 septembre. Notre héros décide alors de parcourir New-York à la recherche de toutes les familles nommées Black, dans le but d'éclaircir le mystère de la clé et surtout découvrir ce qu'elle ouvre.

Une quête qui ressemble fort au long cheminement d'un travail de deuil pour cet enfant qui aimait son père par-dessus tout. Jonathan Safran Foer a trouvé un ton et une forme tout à fait inédits pour raconter avec humour et pudeur la subtilité du lien familial.

mercredi 13 décembre 2006

La joueuse d'échecs

Bertina Henrichs (Ed. Liana Levi, Piccolo) - Août 2006 - 212 pages

La joueuse d'échecsDans un style fluide et qui vous emporte, Bertina Henrichs dans son premier roman, avec finesse, sensibilité et humour, fait le portrait d'Eleni, une femme de chambre dévouée à son travail et à sa famille, rêvant de Paris ("Une zone un peu douloureuse dans la poitrine, engendrée par un rendez-vous qu'on aurait eu jadis et auquel on ne se serait pas rendu, jugeant l'idée trop hasardeuse.") comme on rêve d'une vie meilleure.

Chambre 17 de l'hôtel où elle travaille, logent un Français et une Française raffinée au parfum subtil et visiblement joueuse d'échecs. D'abord bel objet aux yeux de la femme de chambre, l'échiquier trônant dans cette pièce retient sa curiosité.
Pour l'anniversaire de son mari, Panis, Eleni décide alors de lui offrir un jeu d'échecs. Dans l'île Naxos où ils vivent c'est le tric-trac qui est roi.

Aucune femme ne joue aux échecs et parvenir à dénicher ce cadeau sans que son mari ne l'apprenne par les commérages constitue déjà une gageure. L'homme, garagiste taciturne (personnage à la Pagnol), ne manifeste qu'un intérêt poli à la réception de ce cadeau.
Abandonné et oublié par lui, l'échiquier va peu à peu entrer dans la vie d'Eleni qui se découvre une passion dévorante pour ce jeu, allant jusqu'à renouer contact avec un vieux professeur de son enfance, à la forte personnalité, pour trouver en lui son premier maître dans l'apprentissage des combinaisons multiples et complexes d'un jeu réclamant concentration et persévérance, qui deviendra le tremplin de son émancipation personnelle.

La foi du maître en son élève et la ténacité d'Eleni la conduiront bien plus loin qu'elle ne l'aurait imaginé...


Pour en savoir plus : interview de l'auteure (née à Francfort mais vivant en France depuis plus de 20 ans, scénariste de documentaires et de fictions) ici : http://www.sitartmag.com/bertinahenrichs.htm. Article paru sur le blog "Entre Vous et Moi."

mardi 5 décembre 2006

Deux livres sur la santé et les ondes électromagnétiques

En complément de mon précédent billet sur le phénomène du téléphone portable, je vous livre ici deux ouvrages sur les éventuelles conséquences sanitaires de la téléphonie mobile.

Votre GSM, votre santé : On vous ment ! Ces ondes qui tuent, ces ondes qui soignent

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Les autres

Alice FERNEY (Actes Sud)

Les autres, d'Alice Ferney
Comment raconter ce qui se passe dans la tête des gens, comment expliquer l'incroyable décalage qui existe entre l'image que l'on donne de soi et la manière dont elle est perçue par autrui ? C'est le défi que relève avec brio Alice Ferney, sous le prétexte de relater une banale réunion de famille...

Théo fête ses vingt printemps dans la maison familiale où sa mère a organisé une petite soirée en son honneur. L'affaire se corse lorsque son frère aîné Niels lui offre un jeu de société dont le but est de dévoiler le caractère profond de chacun des protagonistes. Le jeu va progressivement forcer les personnes à se dévoiler et surtout à proférer les vérités les plus désagréables sur chacun.

L'Enfer, c'est les autres, disait Sartre... Alice Ferney use de toute sa finesse pour nous faire sentir l'impalpable, l'indicible dans les relations humaines. Cela s'aparente à de l'orfèvrerie, un véritable travail de haute-voltige. Un excellent livre à ne surtout pas rater !
Extrait sur le site d'Actes Sud.

vendredi 1 décembre 2006

Plus jamais seul. Le phénomène du portable

Miguel Benasayag & Angélique del Rey (Bayard)

Cet essai surprenant d'une centaine de pages se propose d'étudier les retombées psychologiques et anthropologiques de la généralisation du téléphone portable dans notre société. Il ne s'agit pas d'un ouvrage sur les conséquences sanitaires (probables) engendrées par cette technologie.

Voilà une dizaine d'années que le phénomène est apparu et comme dans toute grande victoire technique, on ne tarit pas d'éloges et de descriptions minutieuses et interminables pour dire tout ce que l'on a gagné avec cet outil. En oubliant de s'inquiéter de ce que l'on a perdu.
C'est précisément le but de ce petit livre que d'analyser nos changements cognitifs et comportementaux... Et ils sont nombreux :

Plus jamais seul
  • Un sentiment de maîtrise de l'espace.
    Le GSM permet de communiquer tout en se déplaçant, il permet aussi de joindre et de rester joignable où que vous soyez.
    Nous sommes partout et nulle part : la sempiternelle question "T'es où ?" manifeste la nécessité de se représenter géographiquement son interlocuteur, de le matérialiser puisque devenu virtuel.

  • L'illusion de la maîtrise du temps.
    Le portable nous permet en effet d'annuler tout rendez-vous, à tout moment. Il permet également de ne pas rater "l'occasion", de relater en direct un événement, de le photographier, le filmer... Il nous place en dehors, au-dessus de l'événement.

Au delà de cette illusion spatio-temporelle, nos relations avec autrui s'en trouvent affectées.

  • Le téléphone portable est un doudou !
    En effet, comme tout objet transitionnel, il est investi de pouvoirs magiques. Ceci en vertu de ses capacités de virtualisation du réél ; l'affranchisssement du temps et de l'espace.
    Le portable nous polarise sur notre conversation faisant s'estomper ainsi notre environnement réel (c'est bien pour cela qu'il est interdit de téléphoner au volant). Un doudou pour régresser, car contrairement aux autres objets transitionnels il ne permet pas d'expérimenter des rapports concrêts avec la réalité comme le ferait un enfant avec sa peluche.

  • On m'appelle, donc j'existe.
    Aujourd'hui, être sollicité par les autres est quelque chose de hautement positif dans notre société. Une valorisation parce que nous existons dans la tête d'autres personnes. Une valorisation concrétisée par l'appel téléphonique. Plus on m'appelle (et plus on voit que je suis appelé), plus je dois être quelqu'un d'important.

  • Un instrument disciplinaire.
    Sans céder à la paranoïa "Big brother is watching you", le portable pourrait aussi être comparé au bracelet électronique pénal. Vous êtes joignable en toute circonstance et le fait de ne pas répondre à un appel est déjà une forme de réponse : je ne veux pas être dérangé.
    Dans l'entreprise, dans le rapport entre amis et même le dans la vie de couple le portable peut permettre un contrôle et aussi devenir une source de reproches permanents.

J'arrête ici la liste des bouleversements sociologiques étudiés et n'aborderai donc pas la réflexion développée sur les mini-messages (SMS en anglais).

La vidéo et le phénomène (l'épiphénomène ?) du "Happy-Slapping" (vidéobaffe en français) ne sont pas étudiés. L'essai est pourtant récent (juin 2006). C'est dommage mais cela n'ôte rien à l'intérêt des réflexions sur cet objet possédé par 80% de la population française (109% en Italie !).

Pour ma part, je n'ai plus de téléphone portable. Ce livre ne fait que renforcer ma position.
Aujourd'hui trop de doutes subsistent sur les effets sur la santé à long terme.
Présentation de Plus jamais seul sur le site de l'éditeur.

mardi 7 novembre 2006

Pique nique dans ma tête

Jean-François Paillard (Editions du Rouergue)

Jean-François Paillard relate dans son roman Pique-nique dans ma tête le mal-être d'un auteur :

Pique-nique dans ma têteJean-Luc Prieur n'arrive plus à organiser ses idées au souvenir d'une épreuve douloureuse et lointaine.

On devine pourtant assez facilement qu'il est un écrivain à succès ou du moins qu'il le sera. Jean-Luc est érudit, vif d'esprit et possède une imagination débordante. On s'en convainc assez facilement lors d'un repas festif organisé par son éditeur réputé, Christian B.

C'est lors de ce pique nique repas convivial que Jean-Luc dévoile ou tente de dévoiler son futur roman. Sans convaincre. L'auteur ne termine pas ses phrases, le discours est confus et chaotique. Sa présence à cette partie de campagne est troublée par des pertes de mémoires et la difficulté d'être. Son existence, tout comme le roman à paraître, suscite un sentiment d'inachevé.
La peur, la non-décision, les regrets semblent être les mots clefs des difficultés éprouvées par l'auteur. A rapprocher de ce fils qu'il n'a pas eu, qu'il aurait avoir s'il n'avait pas écouté ses "amis".

Jean-François Paillard nous fait découvrir avec ironie et virtuosité les comportements humains tiraillés entre résistances et compromissions.
Lire les 8 premières pages (pdf), disponibles sur le site de l'éditeur.

vendredi 3 novembre 2006

France, récit d'une enfance

Zahia Rahmani (Sabine Wespieser)

France, récit d'une enfanceTout est dans le titre !
Ou presque. L'histoire d'un déracinement, d'une famille arrachée à sa terre en 1962, vu par les yeux d'une enfant.
Le récit de combats aussi. Celui de ses parents contre l'oubli, le sien pour s'appropier une culture différente qui bouleverse et déstructure la famille. Les phrases sont parfois courtes et hachées, exprimant parfaitement la violence des propos et les douleurs vécues.

Le roman oscille entre ces moments durs et d'autres plus apaisés où la jeune fille cultive le jardin des voisins, s'abreuve de littérature, brille à l'école et partage les fêtes du village... Une volonté farouche de connaître la culture de l'autre et d'en être.
Pourtant à la maison c'est en berbère qu'elle s'adresse à sa mère. Sa mère qui refuse la perte de leur identité vouée à être diluée dans leur terre d'accueil, le Nord-Est de la France.
Un récit énergique doublé d'un bel hommage maternel.

[Ajout du 23 juin 2007 : Un autre avis sur ce roman sur le blog de Graffiti, librairie bruxelloise]

lundi 30 octobre 2006

Cher Monsieur Thierry Panier

Kochka (Thierry Magnier)

Cher Monsieur Thierry PanierLouis est un petit garçon malheureux : sa maman est déprimée, elle ne trouve plus l'inspiration d'écrire des livres et aucun éditeur ne la contacte plus.
Elle ne s'occupe plus de la maison et encore moins de son fils.
Louis décide de réagir. Il écrit à l'édieur Thierry Panier pour lui expliquer dans quelle mauvaise passe il se trouve.
La réponse ne se fait pas attendre... elle est surprenante et pleine d'humour !

vendredi 22 septembre 2006

Quand mon chat était petit

Quand mon chat était petitGilles Bachelet (Seuil Jeunesse)

Si vous avez aimé "Mon chat le plus bête du monde" et "Champignon Bonaparte", vous ne résisterez pas à ce nouvel opus désopilant de Gilles Bachelet.

On y retrouve le chat en question (plusieurs centaines de kilos et arborant une magnifique trompe) dans ses premières années, l'arrivée à la maison, l'attachement immédiat à son maître, ses petites habitudes...

Images et textes sont indissociables, un style que l'on reconnaît entre mille.
Humour garanti !

mercredi 20 septembre 2006

Journal d'Hirondelle

Journal d'Hirondelle Amélie Nothomb (Albin Michel)

Déjanté et troublant, comme toujours, le nouveau roman d'Amélie Nothomb !
Un jeune coursier décide d'entrer dans le clan très fermé des tueurs à gages.
Comble du malheur pour ce pauvre garçon, l'amour va lui tomber dessus par le truchement de la jeune fille qu'il est chargé d'éliminer.
La lecture d'un journal intime (en l'occurence celui d'une frêle demoiselle de seize ans) n'est pas un acte anodin...

mercredi 13 septembre 2006

Lignes de faille

Lignes de faille Nancy Huston (Actes Sud)

Roman à quatre voix, cette histoire de famille à rebours nous fait voyager à travers quatre générations, différents pays, des modes de pensée, des religions, pour nous laisser entrevoir la complexité de l'Histoire du XXè siècle. Nancy Huston nous offre un récit rigoureux, précis dans sa construction et plein de compassion pour ses personnages. Un grand bonheur de lecture.
C'est le gros coup de coeur de la libraire pour cette rentrée littéraire !

samedi 26 août 2006

Un siècle de novembre

W.D. Wetherell (Les Allusifs)

Un siècle de novembreAutomne 1918 : le juge canadien Marden vient de perdre coup sur coup son épouse Laura, emportée par la grippe espagnole, et son fils Billy mort au combat dans les Flandres. Commence alors pour le magistrat un long voyage pour retrouver le lieu où son enfant de 18 ans a péri. Il s'aperçoit en route qu'une autre personne est à la recherche de Billy, une jeune femme à la fois frêle et incroyablement déterminée.
Pour le juge, l'important se révèle finalement être ailleurs que dans ce lieu de mort qui le hante : il s'agit de retrouver quelque chose de l'"âme" de son fils unique, de leur vie commune d'avant la tragédie.
Un roman fort sur le lien invisible qu'est l'amour filial.

vendredi 25 août 2006

Ouest

François Vallejo (Viviane Hamy)

Ouest de François VallejoLe garde-chasse du domaine des Perrières, le brave Lambert, doit affronter la présence de son nouveau maître, fils indigne du défunt baron de l'Aubépine.
Débute alors un huis- clos inquiétant, où il est question de jeunes filles de passage, de disparitions, de manipulations, et même de Victor Hugo !

Dans la Normandie profonde d'un XIXè siècle agité par l'arrivée au pouvoir de Napoléon III, un récit qui vous tient en haleine, vous emprisonne, vous étouffe, à vous de voir l'effet qu'il produira sur vous.
Toute résistance est inutile...

vendredi 18 août 2006

Eldorado

Laurent Gaudé (Actes Sud)

Excellente nouvelle mouture de ce jeune romancier bourré de talent... La quatrième de couverture le dit mieux que moi :
Parce qu'il n'y a pas de frontière que l'espérance ne puisse franchir, Laurent Gaudé fait résonner la voix de ceux qui, au prix de leurs illusions, leur identité et parfois leur vie, osent se mettre en chemin pour s'inventer une terre promise.
Eldorado Le commandant Piracci, garant de la sécurité des côtes italiennes face au flux incessant des émigrants clandestins, voit ses certitudes ébranlées par une rencontre inattendue.

Dans le même temps, au Soudan, deux frères préparent leur voyage vers l'Europe, Eldorado tant convoité, et qu'importe le prix à payer pour atteindre cet objectif.

La gravité du sujet ne nous fait pas oublier la profondeur et la finesse de la narration.
Laurent Gaudé nous parle du coeur de l'être humain, de la vie, des choix et des paradoxes qu'elle impose, d'un espoir infini. Ce roman est une petite merveille d'émotion !

La librairie a fermé en février 2008.

Son blog n'est plus actif. Nous contacter.

 

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