Le blog de la librairie Caractères

lundi 16 juin 2008

La mécanique du coeur

Mathias Malzieu (Flammarion)

La mécanique du coeurA l'image de L'homme de Mars de Kent ou de Sibérie m'était contée de Manu Chao, le chanteur de Dionysos accompagne la sortie de son nouveau roman d'un bel album réalisé avec quelques comparses : Arthur H, Emily Loiseau, Jean Rochefort, Alain Bashung, Grand Corps Malade et la pétillante Olivia Ruiz (j'en oublie d'autres).

La mécanique du coeur est un conte initiatique vécu par Jack, né en 1874 à Edimbourg. Ce garçon traversera l'Europe au côté d'un génie (Méliès) pour retrouver une Belle qu'il avait aperçu le jour de ses dix ans.

Je me suis très vite attaché à ce frêle personnage, déstabilisé par l'amour, terrorisé par les épreuves, hanté par le doute et secoué par les sanglots. Je me suis senti proche de son ressenti lors du voyage, de ses rencontres, de ses premières émotions... et ses désillusions. J'ai partagé le rythme de ses aventures, avec son horloge, tambour battant.
La mécanique du coeur
Un roman dépaysant, beau, sobre et profond où il est question de temps et d'espace (j'adore ce couple), de bricolage et de sentiments qui mêlent imaginaire et réalité à la fin du XIXème siècle. Envoûtant.

dimanche 8 juin 2008

Chair de lune

Jean-Paul Delfino (Métailié)

Chair de luneJ'ai fini ce week-end le livre de Jean-Paul Delfino. Son ouvrage m'a fait replonger 25 30 ans (déjà !) en arrière dans un endroit particulier, l'étang de Berre.
Un univers gris, dominé par les colonnes de distillation, les cuves de pétroles et les torchères au temps des R16, des R8 Gordini, des mob' à poignée à tirage rapide.
C'est la période de gloire de Rocheteau, d'Angie, de Cria cuervos et aussi la fin du franquisme.

La vie est dictée par la raffinerie et quatres amis -Tano, le gros Régis, Gabino et Ciocco- s'en accommodent plûtot bien. Ils sont jeunes, ont plaisir à se retrouver ensemble après les cours pour taper le ballon, fumer une 'garette ou pétarader dans le quartier. Leurs parents sont divorcés, alcoolisés, communistes (ils sont manœuvres "à la Shell") ou décomplexés (cadre chez Ricard).
Une fille qui ne ressemble pas aux autres va transformer le quotidien de l'un deux.
- Tu viens d'où ?
- De loin...
- Si loin que çà ?
- Oui.
- Pas de Paris, quand même ?
- Non de plus loin...
Les yeux de l'inconnue se caractérisent par un strabisme étrange. Quand elle vous fixe, vous vous sentez mal à l'aise. Quand elle ne vous regarde pas c'est encore pire.
Tano, main dans les poches, se balance d'un pied sur l'autre, un culbuto régulier.
Nora, jeune Brésilienne, nouvelle dans la région, va sublimer un environnement enfumé et suffoquant par des images chamarrées, suaves, sucrées. Dans l'esprit de Tano, ces découvertes vont succéder aux tons ternes et uniformes qu'il admirait. Copacabana, Ipanema, Praia do Pepino rivalisent avec Rognac, Berre l'étang. João Gilberto et Chico Buarque avec Nougaro et Led Zep.

Pour elle, il va se surpasser, il jouera sa vie dans son garage lorsqu'il essaiera de la séduire avec Tu verras, tu verras à la guitare, qu'elle reprendra Oh que sera, que me dà...

En fin connaisseur du Brésil, l'auteur nous berce de Berre à Rio et modifie nos représentations.
Sa passion est communicante, son ton juste et son récit captivant. Certainement le meilleur roman que j'ai lu depuis ce début d'année.

dimanche 1 juin 2008

Les désarrois de Ned Allen

Les désarrois de Ned AllenThe Job (titre original)
Douglas Kennedy, traduit par Bernard Cohen (Pocket)

Encore un ouvrage captivant qui m'a tenu éveillé très tard (ou très tôt, c'est selon). Et puis il faut dire que j'ai le temps... J'ai donc suivi trois jours durant les aventures de Ned Allen, brillant manager pour CompuWolrd, un magazine informatique américain prospère et bien coté.

Dès les premières pages j'ai imaginé que M. Allen était assoiffé de richesse et toujours endetté. Le genre de personnage sans aucune concession, prêt à vendre père et mère pour s'offrir des lendemains meilleurs... Et je me suis bien trompé. Ned Allen, c'est tout le contraire. Un esprit clair, fidèle à ses convictions et profondément altruiste qui accorde une grand part de réflexion à ses actions et à celles de son équipe en montrant la voie, en cherchant le sens même si l'objectif est de faire de l'argent. Sous certains aspects, cet homme m'a fait pensé à un certain Jean-Marc M... et la suite du roman m'a étrangement rappelé un Cyber-truc.

Tout bascule à la faveur d'élections d'un rachat de CompuWolrd, lorsqu'une nouvelle direction est mise en place. Patatras ! Les nouveaux patrons procèdent à une restructuration en bonne et due forme. Cette ré-organisation ré-interroge toutes les valeurs et tous les principes du brillant cadre dirigeant. Il va tout perdre ; son emploi, ses amis, sa femme et sa dignité.
La plupart de ses collègues se soumettrons au nouveau pouvoir, quelques uns se réorienteront professionnellement et le plus fragile se suicidera.
C'est un ami d'enfance qui sortira Ned du pétrin... du moins c'est ce qu'il croit. Il tombera encore plus bas.

J'ai pu établir beaucoup de parallèles entre mon parcours professionnel et ce roman, c'en était choquant. Mais à bien y réfléchir c'est ce qui peut se produire partout lors -de ce qu'on appelle pudiquement- des compressions de personnels, de recentrage vers de nouveaux objectifs ou d'augmentation de la rentabilité qui oblige à délocaliser.

Ce livre est à la fois une critique, un exposé du capitalisme, une claque au clinquant et un rappel de ce qu'est l'essentiel. Rythmé, touchant et universel.

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