Le blog de la librairie Caractères

mercredi 29 mars 2006

Insoupçonnable

Tanguy VIEL (Minuit)

InsoupçonnableL'histoire est simple : elle débute avec le mariage d'Henri, dont la carrière professionnelle est exemplaire, avec une jeune femme prénommée Lise. Celle-ci a un frère, du moins c'est ce dont Henri doit rester persuadé pour que le mauvais coup qui se prépare soit un succès.
Mais le succès n'est pas un élément dominant dans les romans de Tanguy Viel, plutôt enclin à nous entraîner chez les bras-cassés en tout genre...

Alors revenons à Henri. Il a un frère lui aussi. Il s'appelle Edouard.
Impossible d'en dire plus sans dévoiler l'essence même du livre.

Un récit précis, construit sur le mode du polar, un scénario aux petits oignons.
Un petit bonheur d'écriture à dévorer tout cru !

[Ajouts du 18 avril 2006 :
  • Rebecca MANZONI en a fait une critique ce mardi 18 avril 2006 sur France Inter dans son émission "Eclectik".
    Pour écouter l'émission :

  • L'éditeur Les Editions de Minuits propose une sélection de critiques et la lecture des premières pages du roman.]

jeudi 23 mars 2006

Magasin général

Magasin général, tome 1 : MarieLoisel & Tripp (Casterman)

Le nouveau Loisel est arrivé ! Le bonheur...
Cette fois, le père de La Quête de l'oiseau du temps et de Peter Pan réalise avec Jean-Louis Tripp (son "collègue" d'atelier à Montréal) une nouvelle trilogie dont le premier tome, Marie, nous entraîne dans la campagne québecquoise du début du XXè siècle.

Des dialogues pur cru, une gouaille irrésistible (Hostie ! c'est le juron favori de ces bonnes gens) et toujours les trognes incomparables des personnages de Loisel, tout concourt à nous rendre cette histoire attachante : on reste muet devant ce travail.

Une petite prouesse que d'avoir réalisé ensemble scénario et dessin.
Un coup de chapeau au coloriste qui a su installer une ambiance à la hauteur de nos espérances.
Un très bel album. Ne passez pas à côté !

jeudi 16 mars 2006

Manipulé, moi ? Jamais !

Manipulé, moi ? Jamais !Fernand ETTORI et Pascal GENOT (First Editions, janvier 2006)

Nous sommes tous manipulés. Comment décrypter la manipulation au quotidien dans notre société ? Surtout dans des domaines où l’on ne l’attend pas.
«Nous surestimons les manipulations dont sont victimes les autres et nous sous-estimons largement celles que nous subissons». On peut aussi avoir de mauvaises influences sur les autres sans s’en rendre compte.

Deux chercheurs nous proposent ce livre de synthèse qui pourra parler à chacun d’entre nous, dans sa vie personnelle, amoureuse, familiale et professionnelle. Une belle bibliographie en plus.

mardi 14 mars 2006

Sept contes du pays d'en face

Georges MOUSTAKI (Actes Sud)

La forme courte sied parfaitement à ces sept histoires qui évoquent les joies et les drames de l'Humanité, une humanité à la fois contemporaine et intemporelle. Sept contes du pays d'en face

Georges Moustaki, fils d'un libraire francophone d'Alexandrie, n'est pas seulement le merveilleux parolier que l'on sait, il nous enchante également avec des contes orientaux légers et touchants.
Comme dans ses chansons ça n'a l'air de rien, et pourtant...
Il vous est possible de lire un extrait sur le site internet d'Actes Sud.

mardi 28 février 2006

Berlin-Moscou, voyage à pied

Wolfgang BÜCHER (L'esprit des Péninsules)

On va rarement à l'Est. Dans l'histoire on a quasiment toujours connu des "go West". Marco Polo étant un peu l'exception qui confirme la règle.

Il me semble qu'il ne cherche pas un point cardinal précis. Il est poussé par une force irresistible qui l'oblige à aller à l'Est et non au Sud ou à l'Ouest. Il nous raconte le voyage initiatique d'un homme parti à la recherche de l'histoire de l'Europe et plus particulièrement de l'histoire de l'Allemagne et probablement aussi de sa propre histoire d'Allemand. Il nous révèle les réalités effrayantes du passé et celles pas très glorieuses de l'Europe Centrale d'aujourd'hui.

Berlin-Moscou, voyage à pied

Il fait revivre ce passé guerrier et explique un peu du présent à travers une galerie de personnages rencontrés sur la route. Et la route n'est pas facile. Elle demande courage, abnégation, endurance et une bonne dose de folie. Berlin-Moscou est une confrontation permanente entre un homme et une nature, entre un occidental et les habitants de l'Est inconnu. C'est la confrontation entre deux mondes qui se connaissent très peu et que beaucoup sépare. Cette confrontation trouve son apogée dans la bagarre nocturne avec un inconnu. Le couteau qui peut tuer est là, présent, et pourtant l'agresseur ne l'utilise pas. C'est un combat initiatique comme celui de l'ange avec Jacob. Après l'épreuve il est changé, il fait davantage partie de l'Est. Il a perdu une part de son « occidentalité ».

Et comme toujours quand on voyage on fait des rencontres qui laissent une marque indélébile : ici une paysanne, là un vieux soldat, ailleurs encore un ermite. Chez Bücher il n'y a pas que les humains qui laissent une trace, il y aussi la nature : ici la forêt où reposent des milliers de soldats, là des arbres qui saignent, ailleurs encore la plaine sans fin.

Qu'a-t-il finalement découvert ? L'Est ? Soi-même ?

Rappelons nous le proverbe : « C'est quand on revient qu'on sait pourquoi on est parti »

dimanche 26 février 2006

Les sales bêtes

Gilles Bonotaux (Milan Jeunesse)

Sales bêtes
Non, ces bestioles répugnantes (cet avis n'engage que moi) ne sont pas sur terre uniquement pour susciter les phobies des libraires !

Elles ont un véritable intérêt pour l'écosystème, même si cela nous échappe souvent (surtout concernant les blattes, les poux et autres tiques).

Des dessins drôles pour un livre bien documenté pour amuser les plus jeunes (et rassurer leurs parents).

Mes dernières lectures...

     

  • Patrick Süskind : Sur l'amour et la mort Essai (Fayard)
    Erudition et humour au menu de cet essai surprenant de Patrick Süskind.

  • Jean Echenoz : Ravel (Minuit)
    Les dernières années du grand compositeur vues à travers le prisme d'un excellent auteur, quoi de mieux ? Le style est mesuré, fin et délicat à l'image de ce Ravel touchant, dont Echenoz nous livre progressivement les failles.

  • Alessandro Baricco : Homère, Iliade (Albin Michel)
    Il a osé ! Une adaptation très libre du récit homérique, débarassé des dieux, entre autres sacrilèges ! A tenter pour se faire une idée...

lundi 20 février 2006

La révolte du pronétariat

Joël de Rosnay avec la collaboration de Carlo Revelli (Fayard).

La révolte du pronétariatUn livre à partager, à annoter, à parcourir à plusieurs. C'est un véritable chambardement qui se prépare. Du politique, du renseignement, de l'enseignement, du marketing,, de la recherche, de la télévision, des médias, de la guerre, de la maintenance, de la téléphonie, de l'économie globale, de la place du citoyen, du devenir de nos sociétés. Le potentiel du "Web 2.0" (blogs, vlogs,wikis, podcastings, RSS....) continue à se développer.
Joël de Rosnay nous propose son approche prospective toujours ressourçante avec de solides connaissances sans tomber dans l’utopie béate. Douze pages de liens, une bibliographie de cinq pages. Comme d'habitude les choix dans la lumière sont toujours plus faciles que dans l'obscurité.

Pour ceux qui découvrent Joël de Rosnay vous pourrez lire notamment :

  • Le Macroscope : vers une vision globale, Editions du Seuil, 1975 (Prix de l'Académie des Sciences Morales et Politiques)
  • L'homme symbiotique - Regards sur le troisième millénaire, Editions du Seuil, 1995.

On se replonge avec plaisir dans la bibliographie abondante de Joël de Rosnay.
Voir le site qui parle du livre et les témoignages des pronétaires : http://www.pronetariat.com. Un site à fréquenter de toute urgence mais aussi un livre à lire.

lundi 9 janvier 2006

Vous plaisantez, monsieur Tanner

Jean-Paul DUBOIS (l'Olivier)

Voici un roman à offrir à tous ceux dont les projets de rénovation font rêver, car ce microcosme du bâtiment est en réalité un monde de brutes cupides et de personnages irrespectueux ! Vous plaisantez, monsieur Tanner

A offrir également aux autres, qui ont déjà supporté ces moments difficiles, pour les rassurer : le pire n'est pas ce qu'ils ont pu subir, le pire est condensé dans cet ouvrage bourré d'humour.

Pour éviter de se fâcher avec tous les corps de métiers, Jean-Paul Dubois a réussit à dresser le portrait de quelques perles rares... Il existe aussi des gens attentifs et méticuleux parmi les artisans du bâtiment !
L'auteur n'a pas son pareil pour portraiturer ces dingues qui défilent dans la maison d'un pauvre naïf. Un livre rafraichissant.

Une interview de l'auteur est disponible sur le jounal citoyen Agoravox.

[Ajout du 16 janvier 2005 : Cécile, libraire à Bures-sur-Yvette, a aussi passé un bon moment avec le dernier opus de Jean-Paul DUBOIS]

[Ajout du 21 janvier 2005 : Patricia MARTIN en a fait une critique élogieuse ce vendredi 20 janvier sur France Inter dans sa chronique "A titre subjectif".

Pour écouter la chronique : ]

jeudi 5 janvier 2006

La boîte noire

La boîte noireTonino BENACQUISTA (Folio)

Profitons de l'adaptation cinématographique récente (nov. 2005) de la célèbre nouvelle pour lire ou relire La boîte noire.
Un "accident de la route" qui n'en est pas un, une infirmière zêlée qui retranscrit les paroles du comateux dictées par son inconscient et une révélation terrrible au final. On retrouve avec plaisir la verve de l'auteur de Malavita (que j'ai adoré !).

Novecento : pianiste

Novecento : pianisteAlessandro BARICCO (Folio)

Un récit court et touchant sur la vie du pianiste Novecento, qui n'a connu que le rythme de la mer pour bercer son talent d'interprète. Ce muscien exceptionnel n'a jamais posé un pied sur la terre ferme.


dimanche 18 décembre 2005

Lunar Park

Bret Easton Ellis (Robert Laffont)

Cet article de Stéphane Ollivier et cet autre "Attention chef d'oeuvre" de François Busnel reproduit sur Pépites m'avaient donné envie de lire Lunar Park (meilleur livre de l'année 2005, par la rédaction de Lire)
Trois jours après je commençais à lire mon premier Bret Easton Ellis (merci la libraire). Lunar ParkJe n'ai pas été déçu du voyage !

Cette autofiction nous transporte dans l'univers de l'auteur. Un monde d'abord empreint de drogue (beaucoup), de sexe (un peu) et d'égoïsme. Puis, ce monde va peu à peu se transformer pour devenir moins artificiel, plus dense et paradoxalement plus chimérique.

J'ai suivi avec délectation les aventures frasques de ce jeune auteur impertinent et talentueux.
J'ai haï ce père irresponsable et irrespectueux en permanence sous l'emprise de stupéfiants (une vraie pharmacie ambulante !).
Je l'ai aussi trouvé touchant dans ses égarements, sa solitude et ses peurs ; vrai et incisif dans la description du quotidien de sa vie en banlieue américaine. Je ne me suis pas ennuyé un seul instant.
En outre, les enchassements et inversions temporelles que Bret Easton Ellis emploie avec dextérité donnent à sa perte quête d'identité et ses luttes démoniaques une grande profondeur. Un régal.

dimanche 11 décembre 2005

La Cité du soleil et autres récits héliotropes

Ugo BELLAGAMBA (Folio SF)

La Cité du soleil et autres récits héliotropes (roman)La Cité du soleil et autres récits héliotropes réunit quatres courts romans qui entremêlent Histoire et Science-Fiction.
L' auteur nous explique d'ailleurs pourquoi la Science-fiction ne peut être comprise sans le recours à l’Histoire (en pdf).

Ces récits m'ont un peu laissé sur ma faim.
La Cité du soleil nous entraine dans cette magnifique région qu'est le midi de la France mais nous apprend (trop) peu de choses sur la cité disparue d'héliopolis.

L'Apopis républicain et la Stratégie d'Alexandre m'ont davantage séduit par la grandeur de leurs personnages ; les descendants de Napoléon, les partisans de l'Empire et leurs contradicteurs Républicains, laïques.
Intemporel et universel.

Dernier filament pour Andromède nous transporte encore plus loin dans le temps, mais me laisse là aussi un goût d'inachevé. Là encore, je me demande : "et après ? Que deviens Hu Jon ? La vie sera-t-elle sauvée de l'entropie ?". Idéal pour aiguiller l'imagination.

Sur le site d'Ugo Bellangamba vous trouverez, outre sa biographie, d'autres critiques des oeuvres ce jeune auteur.

mercredi 16 novembre 2005

Conscience contre violence ou Castellion contre Calvin

Stefan ZWEIG

Nombreux sont ceux qui connaissent Calvin. Mais combien sommes-nous à connaître Castellion ?
Et pourtant, comment avons - nous pu laisser tomber dans l’oubli un homme qui s’attaqua à l’intolérance à une période où la moindre critique de l’ordre établi était un passeport pour le bûcher. « L’histoire n’a pas le temps d’être juste. Pour elle, seul compte le succès » nous rappelle Stefan ZWEIG.

Stéphane ZweigIl va tout au long de son livre réhabiliter Castellion, nous montrer que l’histoire à tort et démontrer que , si Castellion est tombé dans l’oubli, ses idées, son combat pour la tolérance et la fraternité sont toujours d’actualité et finissent toujours par renverser les tyrans.

Castellion assiste à la mise à mort sur le bûcher de Servet scientifique qui s’était opposé à Calvin sur de points de doctrine religieuse. Profondément choqué, Castellion va durant toute sa vie reprocher ce « meurtre » à Calvin. Au péril de sa vie il va attaquer le système Calvin. Il le démonte pièce par pièce, il traque chaque incohérence. Il le met à nu. Il expose au grand jour ce qu’il est réellement : une dictature sanguinaire : « tuer un homme, ce n’est pas une doctrine, c’est tuer un homme ».

En 1937, Stefan ZWEIG prend clairement parti pour Castellion. Il voit monter une nouvelle intolérance. Il a une vision prémonitoire lorsqu’il prédit « le triomphe de la force et de la terreur ». « Là où règne la force il n’y a aucun recours pour les vaincus…L’histoire repose tout entière sur la force, et non sur le droit, elle favorise presque toujours les hommes de violence ; dans les luttes, le cynisme et la brutalité sont plutôt un avantage qu’un inconvénient. » Mais il garde une lueur d’espoir. Il sait grâce à Castellion, que dans les moments de fureur, une conscience se lèvera toujours pour se battre pour la liberté « seule idée que rien ne peut détruire ».

Stefan ZWEIG sait ce qui va se passer en Europe. Il voudrait être cette conscience mais il n’y arrive pas, il ne trouve pas le courage et la force nécessaires. Tout juste va t il lancer un cri, un appel à la vigilance. Cinq ans plus tard il va se suicider.

Ce livre qui se lit comme un thriller est un véritable coup de poing qui reste plus que jamais d’actualité.

dimanche 30 octobre 2005

Vie et passion d'un gastronome chinois

LU Wenfu (Picquier)

Vie et passion d'un gastronome chinoisQue mille saveurs s’épanouissent.

Voici un roman qui se savoure comme un bon plat. Bol de nouilles, cœur de légumes aux miettes de crabe, jarret de porc confit au sucre glacé et ambré, rouleaux de poisson aux œufs de crevettes ou encore oie braisée au marc de vin.

La vie de Zhu Ziye est un grand banquet où les mets raffinés se succèdent tout au long de la journée dans le restaurant le plus huppé de la ville. La vie de Gao n’est que privation et humiliations. Il hait Zhu Ziye et les repas sans fin. Il déteste ces noceurs qui vivent sur le dos des petites gens. Pour se venger il s’engage dans les forces communistes qui contrôleront bientôt la ville. Comble d’ironie Gao est nommé responsable du restaurant. Sa volonté d’offrir des repas aux plus pauvres finira par ruiner l’établissement.

Les évènements se succèdent et nos deux héros traversent tant bien que mal la révolution culturelle et les années noires. Dès les premiers signes d’ouverture Zhu Zyie retrouve l’appétit et organise un grand banquet. Mais si lui a retrouvé sa joie de vivre en réunissant autour de lui ses amis pour des repas mémorables, Gao en moraliste épris de justice révolutionnaire méprise toujours ces « gastronomes oisifs ». Vieux et aigri il va jusqu’à se venger sur un petit enfant.

Ce roman traverse une bonne partie de l’histoire du XX siècle chinois avec ses grands bouleversements. Tour à tour les deux héros tiennent le haut du pavé et nous séduisent ou nous répugnent. Mais la véritable héroïne c’est la gastronomie chinoise avec ses plats innombrables, ses saveurs multiples et ses combinaisons raffinées. Les hommes sont ballottés par l’histoire mais les traditions survivent à ces turbulences.

Allez, foin de nos bavardages, passez le plat suivant : un velouté d’euryales à la fécule de lotus.

La librairie a fermé en février 2008.

Son blog n'est plus actif. Nous contacter.

 

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